Publié le 21 Mars 2025
Le reportage de « Complément d’Enquête de France 2» soulève des problématiques importantes autour du DPE, mais il contient également des imprécisions et des raccourcis qui méritent d'être rectifiés. En tant que diagnostiqueur immobilier, je souhaite apporter un éclairage plus juste sur notre réalité professionnelle.
1. Le DPE et la précarité énergétique : une confusion des responsabilités
L'exemple de la famille vivant en montagne dans un logement mal isolé met en avant une situation de précarité énergétique. Mais attribuer la faute aux diagnostiqueurs est une erreur.
Le rôle du DPE est d'informer sur la performance énergétique d'un bien, d'estimer les charges et de recommander des travaux. Nous ne faisons ni la politique énergétique, ni les réformes gouvernementales et nous ne pouvons contraindre nos prescriteurs à rénover leur bien mal isolé…
2. Des erreurs factuelles dans le reportage dont plusieurs inexactitudes sont à noter :
- Sur l'évaluation des logements avant 1948 : Contrairement à ce qui est sous-entendu, ce ne sont que les logements qui étaient évalués sur la base d’une méthode dite sur factures. Depuis 2021, c’est fini, maintenant c’est la méthode conventionelle DPE-3CL.
- Sur les "constatations" des diagnostiqueurs : Le reportage laisse croire que nous nous basons sur de simples observations subjectives, alors que le DPE est « opposable » et repose sur des données objectives dont nous somme responsable.
- Sur L-le calcul de la note, ce n'est pas le diagnostiqueur qui "donne une note". Il collecte des données, qui sont ensuite traitées via un algorithme de calcul traité dans un logiciel lui-même validé par la DHUP.
3. Une mise en lumière partiale du diagnostic immobilier
Le reportage met en avant un diagnostiqueur qui se trompe dans sa mission, occultant le fait que 8 diagnostiqueurs sur 10 ont fourni des résultats corrects. Pourquoi ne pas avoir souligné cet aspect positif ?
De même, le passage sur les agences immobilières sous-entend une complaisance généralisée des diagnostiqueurs, alors que nous sommes indépendants et impartiaux, comme l'exige l'article L 271-6 du Code de la construction et de l'habitation.
Lorsque plus de la moitié de votre chiffre d'affaires dépend des agences immobilières, il devient parfois difficile de résister à certaines pressions – une réalité que je déplore profondément.
4. L'IA et la fiabilité des DPE : une présentation biaisée
Le reportage fait la promotion d'une société utilisant une intelligence artificielle pour "vérifier" les DPE. Or, l’étude sur lequel s’appuie cette start-up est fausse…
Une approche scientifique aurait exigé de se baser sur des études fiables, comme celle du Conseil d’Analyse Économique (CAE), qui estime que les effets de seuil entre les notes sont minimes.
5. Les contrôles et les réglementations : un aspect sous-estimé
Le reportage laisse entendre que le secteur manque de rigueur. Pourtant :
- Depuis 2023, les contrôles ont été renforcés, avec une obligation d'un contrôle annuel et d'une formation continue.
- La DGCCRF, dans son rapport du 02/09/2022, concluait que la plupart des entreprises respectaient leurs obligations je cite « Globalement, les entreprises contrôlées respectaient leurs obligations concernant les formations et les certifications. En revanche, des irrégularités ont été constatées quant à l’information précontractuelle du consommateur et la signature en ligne ou à domicile des contrats de vente »
6. Un métier bien plus vaste que le seul DPE
Le reportage se focalise que sur le DPE, et pas sur le rôle majeur du diagnostiqueur immobilier qui va bien au-delà en autre :
- Fiabiliser les transactions immobilières en fournissant des informations claires et objectives.
- Prévenir les vices cachés.
- Informer des risques du bâti pour assurer la sécurité des occupants.
- Rassurer acquéreurs et locataires** en leur offrant une vision transparente de leur futur logement.
Le reportage de *Complément d’Enquête* manque d’équilibre en ne présentant qu'un aspect partial du diagnostic immobilier. Plutôt que de stigmatiser un métier, il aurait été plus utile d'explorer toutes les pistes d’amélioration réelles et les efforts déjà engagés pour fiabiliser encore davantage nos missions depuis la création du rapport de diagnostic énergétique en 2006 …